H : 49 cm
Le pendentif : 11 cm.
Région : Nord de l’Urua. Limite ethnie Waguenia-Wana Tussago.
Ethnie : Luba
Sous-ethnie : M’buli-barua
Historique :
M’boko-kabila ka vidye.
Femme dite « La mendiante ».
Sur la pression des pères missionnaires, confisquant, brûlant ou jetant au fleuve toute représentation
idolâtre des africains, ces derniers amadouèrent les différentes églises en changeant la position de
leurs très importants personnages de cultes, en les réalisant désormais à genoux, une poterie
appuyée sur le devant des cuisses. Aux origines, elles étaient toutes assises sur le postérieur, le
tambour, la calebasse ou la grande jarre en raku déposée sur les tibias, les jambes allongées sur le
sol, les mains accolées à l’objet. La symbolique de chaque personnage avait une position très
personnelle et différente à chaque fois. La tête et même le corps tournés sensiblement vers le côté
lunaire (la gauche). Des scarifications importantes représentées seulement sur le dos, parfois une
cavité avec des ingrédients de protection au niveau des reins et exceptionnellement quelques traits
devant les oreilles sur les tempes. Le dos très droit signifiait la dignité, la droiture. Le corps penché
vers l’avant, la femme était puissante, rapide dans toutes ses exécutions. Les yeux grands ouverts
représentaient la clairvoyance, le don de double-vue. Les yeux mi-clos dans une attitude de réflexion
signifiaient la réflexion avant l’action. Le gonflement des paupières était l’indice d’une consommation
de la plante de SULUNGU.
Femme de roi ou de l’élite, elle était enterrée vivante dans cette position à côté de son mari défunt,
de manière volontaire. La souffrance due au chagrin était plus puissante que la crainte d’être enterrée et étouffée par les terres qui étaient pour elle une délivrance. La réincarnation en ce temps-
là apportait la certitude de revenir parmi les vivants et leurs éternelles épreuves. Les différents
réceptacles étaient remplis de nourriture pour le voyage afin d’atteindre paisiblement le monde d’en
haut ou celui d’en bas.
Le maître de « Buli » ou encore celui des « trois rivières » est une interprétation occidentale qui a
encore la vie dure. Elle est basée sur ce que voulaient bien raconter les indigènes car l’église et l’état
colonial, considérant ces croyances traditionnelles comme impies, et voulaient les interdire
totalement. Un grand nombres d’objets avait été déjà été anéantis ou confisqués.
Les noirs avaient vite pris le chemin de la clandestinité. Se tournant vers les sociétés secrètes qui
s’étaient multipliées pour que les gardiens de la tradition orale puissent garder et cacher leurs
connaissances millénaires en osmose avec les éléments naturels. Ateliers anonymes de sculpteurs à l’abri total de la curiosité de l’homme blanc. Ces lieux cachés de
tous se situaient dans un très large triangle : Le long de la rivière Lukuga, plus au nord vers la
Lufukuta et le long de la Luapula qui rejoignait le Kamolodo (le Lualaba).
M’Buli, très petit village était enfermé au Nord par Mukatende, au Sud par Makae-Laba et à l’Est
Kasolo où se cachaient pour travailler, les sculpteurs de tambours, de masques, de statues, de
bâtons de prestige, manches de lances, de couteaux, etc. Chaque objet avait à passer une
cérémonie très complexe de naissance, surtout pour les masques et statues, réalisées en double
dans le but de la pratique de réincarnation.
Féticheurs, forgerons, devins, etc. occultaient leurs activités et se rendaient le plus invisibles
possibles face aux réalités coloniales du moment. Pour faire diversion, dans certains villages un
atelier était installé aux yeux de tous… Sculptures à destination touristique. Le fameux sculpteur de « Buli » dont parle le musée de Tervuren était à cette époque, pour la
majorité des indigènes, un être contaminé par son innovation, comme en Europe au XVIII siècle où le
style Louis XV a disparu radicalement, supplanté par le style Louis XVI.
Les femmes sculptées agenouillées, étaient rejetées par la génération ante-coloniale. Ceux que l’on
appelait les traitres mais dont certains revenaient se purifier chez les féticheurs, profitaient des
avantages que les pères blancs promettaient à la conversion. Le vieux proverbe :
« diviser pour régner ». Chaque personnage réalisé dans un bois très dur comme le crossoptéryx pèse entre 6 et 7 kilos. La
femme agenouillée, réalisée dans le bois de cocotier ou de palmier, pèse moins d’un kilo.
Durant l’époque coloniale, la M’boko a changé dans les usages. Encore actuellement, elle doit attirer
vers elle parmi les futurs initiés celui qui aura la faculté de devenir un devin. Sa quête essentielle
étant de trouver la pierre brillante dans le bois sacré. Ce premier objectif atteint, calmera l’immense
pouvoir de séduction de la prêtresse.
Le petit personnage de gauche tenant la calebasse à pleine mains fermées, signifie l’attente
interminable dans la souffrance de son époux malade qu’elle est prête à suivre fidèlement ; ce que
l’on peut voir aussi par l’expression de mépris sur son visage face à la mort probable.

Commentaires récents